Que semer en automne : sept graines qui ont besoin de l'hiver

On sème au printemps. C'est ce qu'on apprend, et pour la grande majorité des plantes c'est vrai. Mais il existe toute une famille de graines pour lesquelles le printemps est trop tard : semées en mars dans une pièce chauffée, elles ne lèveront pas, ou une sur vingt, et on conclura qu'elles n'étaient pas bonnes.

Elles ne demandent pas de la chaleur. Elles demandent d'avoir passé un hiver. Et cette semaine est le bon moment pour le leur donner.

Ce que le froid débloque

Une graine mûre n'est pas forcément une graine prête. Chez beaucoup d'espèces des régions tempérées et de montagne, l'embryon est formé mais maintenu en sommeil par des inhibiteurs chimiques, l'acide abscissique au premier rang. Tant qu'ils sont présents, la graine peut être au chaud, à l'humidité, à la lumière : elle ne germera pas.

Ce qui les dégrade, c'est une période prolongée de froid humide, quelques semaines à quelques mois entre 0 et 5 °C. À mesure qu'ils disparaissent, l'équilibre bascule au profit des gibbérellines, les hormones qui déclenchent la germination, et la graine devient enfin capable de répondre au réchauffement. C'est ce qu'on appelle la stratification à froid.

Ce mécanisme n'est pas un caprice, c'est une assurance-vie. Une graine de belladone qui tombe au sol en septembre et germerait aussitôt donnerait une plantule de trois centimètres en novembre, tuée par la première gelée sérieuse. Le blocage hivernal garantit qu'elle attendra le printemps. En semant en automne, vous ne faites que remettre la graine dans le calendrier qu'elle attend.

Pourquoi dehors plutôt qu'au réfrigérateur

La méthode du sachet de sable humide au réfrigérateur fonctionne, et nous l'indiquons sur nos fiches pour ceux qui découvrent une espèce en cours d'année. Mais si vous avez le choix, le semis d'automne laissé dehors lui est supérieur, pour trois raisons.

D'abord parce que le froid naturel alterne. Le gel et le dégel successifs, les variations entre le jour et la nuit, agissent mieux qu'une température constante de 4 °C, et pour certaines espèces cette alternance fait une vraie différence.

Ensuite parce que la graine décide. Au réfrigérateur, c'est vous qui choisissez quand la sortir, et vous vous tromperez parfois : trop tôt pour une mandragore, trop tard pour un aconit. Dehors, chacune lève quand son compte est bon, y compris celles qui demandent deux hivers.

Enfin parce qu'on oublie. Un sachet au fond d'un réfrigérateur en février se retrouve moisi en mai. Une terrine dans un coin du jardin se rappelle à vous toute seule.

Les sept à semer maintenant

Aconit napel - Semez à 5 mm dans une terrine laissée dehors tout l'hiver. C'est de très loin la méthode la plus fiable pour cette vivace de montagne, dont la levée reste lente et échelonnée même bien conduite. Certaines graines sortiront la seconde année.

Belladone - Semez en surface, sans recouvrir : cette graine a besoin de lumière autant que de froid. C'est le double impératif qui explique la plupart des échecs, parce qu'on pense à l'un ou à l'autre, rarement aux deux.

Mandragore - Le semis le plus lent de notre catalogue. À peine recouverte, dehors, et de la patience : la levée intervient au printemps, parfois seulement au printemps suivant. Ne videz jamais la terrine avant d'avoir attendu deux saisons.

Arnica des montagnes - Comme la belladone, froid et lumière : surface, sans recouvrir. Une troisième exigence s'ajoute, et elle est stricte : un substrat sans une trace de calcaire, terreau de bruyère additionné de sable, arrosé à l'eau de pluie.

Guimauve officinale - C'est la plus simple des sept, et celle qui se sème directement en place. Le passage de l'hiver ramollit son tégument épais et la levée se fait au printemps suivant, sans que vous ayez à intervenir.

Circée de Paris - À peine recouverte, en substrat riche en humus, et surtout maintenue constamment fraîche. C'est une plante de sous-bois : un substrat qui sèche une semaine en mars annule tout l'hiver de stratification.

Ginkgo biloba - Un cas particulier, et intéressant. Chez le ginkgo, l'embryon n'est pas complètement formé au moment où la graine tombe de l'arbre : il achève son développement au sol, après la dispersion, avant que le froid ne vienne lever la dormance. Deux étapes, deux raisons de semer en automne. Semez à 2 cm, et protégez la terrine des rongeurs : ces grosses graines les attirent.

Celles qui y gagnent sans l'exiger

Deux autres espèces de notre catalogue lèvent sans passage au froid, mais de façon nettement plus irrégulière. Si vous les semez maintenant plutôt qu'au printemps, vous obtiendrez une levée plus groupée : la jusquiame noire, qui demande trois à quatre semaines de froid pour se décider, et la lobélie enflée, deux à trois semaines. Toutes deux germent à la lumière : surface, sans recouvrir.

Comment procéder, concrètement

Le contenant. Une terrine ou un pot d'au moins 10 cm de profondeur, largement percé. Le drainage compte plus que le volume : une terrine gorgée d'eau gelée fait pourrir les graines au lieu de les stratifier.

Le substrat. Un terreau de semis fin allégé d'un tiers de sable, sauf pour l'arnica qui veut un mélange acide, et la circée qui préfère du terreau de feuilles.

L'emplacement. Dehors, exposé au froid, mais à l'abri de la pluie battante. Un pied de mur nord, sous un auvent, ou contre une haie. Pour les graines semées en surface, une averse violente les emporte : posez une plaque de verre surélevée, ou placez la terrine là où la pluie n'arrive pas de plein fouet.

La protection. Un grillage fin posé dessus règle deux problèmes d'un coup : les rongeurs, qui déterrent les grosses graines, et les chats, pour qui une terrine de terre meuble ressemble beaucoup à une litière.

L'étiquette. Au crayon de papier, pas au feutre : l'encre pâlit en un hiver, et en avril vous aurez une terrine de plantules dont vous ne saurez plus l'espèce. Notez le nom et la date de semis.

Le suivi. Deux choses, et deux seulement. Ne laissez jamais le substrat sécher complètement, même en janvier : vérifiez une fois par mois, sous un auvent une terrine sèche plus vite qu'on ne croit. Et ne rentrez pas la terrine pendant une vague de froid. Le froid est le traitement, pas le danger.

Trois plantes toxiques dans cette liste

L'aconit, la belladone et la mandragore sont des plantes mortelles, et la jusquiame noire est toxique. Semer ne présente pas de risque particulier, mais manipulez les graines avec des gants et lavez-vous les mains ensuite : le danger réel est le geste machinal de la main à la bouche.

Placez la terrine hors de portée des enfants et des animaux, et choisissez dès maintenant l'emplacement définitif en conséquence. Pour l'aconit, un point mérite d'être connu avant de planter : sa racine ressemble à celle d'un navet, et des accidents mortels sont survenus par confusion. Ne l'installez jamais près d'un potager.

L'erreur à éviter

Si vous ne retenez qu'une chose : ne semez pas ces sept espèces en mars, au chaud, dans la maison. C'est le réflexe naturel, c'est ce qu'on fait pour les tomates, et c'est précisément ce qui ne marche pas ici. Une graine d'aconit à 20 °C sans avoir eu son hiver reste une graine d'aconit.

Si vous avez déjà manqué la fenêtre d'automne, la solution de rattrapage existe : quatre à huit semaines au réfrigérateur entre 2 et 5 °C, graines mélangées à du sable humide dans un sachet fermé, avant un semis de printemps. C'est moins bon, mais c'est très supérieur à rien.

Pour aller plus loin

Chacune de ces espèces a sa fiche, avec sa température exacte, ses besoins en lumière et son comportement à l'âge adulte. Toutes sont dans notre collection Graines du monde. Si vous préférez sauter l'étape du semis, plusieurs existent aussi en plants déjà installés.

Nos graines sont récoltées sur nos pieds mères, à la serre dans le Jura, ou sélectionnées chez des producteurs quand l'espèce ne pousse pas sous notre climat. Elles ne sont pas traitées, et elles sont vendues comme semences ornementales et de collection botanique.

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